Blog · Situations particulières
Travaux interdits, aménagement de poste, passage en poste de jour, garantie de rémunération : ce que l’employeur doit à une salariée enceinte ou allaitante, et comment l’anticiper dans le DUERP.
Une salariée enceinte ou allaitante bénéficie d’une protection renforcée au travail : certaines expositions lui sont interdites, son poste doit être aménagé et, à défaut, une affectation temporaire ou une suspension du contrat avec garantie de rémunération s’impose. Pour l’employeur, ces obligations ne s’improvisent pas le jour où la grossesse est annoncée : elles se préparent en amont, dans le DUERP, en identifiant les postes incompatibles avec la grossesse ou l’allaitement.
L’obligation générale de sécurité (art. L. 4121-1 du Code du travail) impose à l’employeur de protéger la santé physique et mentale de tous ses salariés. Les principes généraux de prévention (art. L. 4121-2) y ajoutent une exigence directement applicable ici : adapter le travail à l’homme — donc à la salariée telle qu’elle est, y compris lorsqu’elle est enceinte ou qu’elle allaite. La grossesse n’est pas une maladie, mais elle modifie temporairement la sensibilité à certaines expositions : produits chimiques, agents biologiques, port de charges, station debout prolongée, horaires de nuit.
Concrètement, l’employeur doit évaluer les risques de chaque poste dans le DUERP (art. R. 4121-1), écarter la salariée des expositions interdites, aménager le poste lorsque c’est nécessaire et s’appuyer sur le médecin du travail. La salariée enceinte bénéficie par ailleurs d’une protection spécifique contre la discrimination et le licenciement, ainsi que d’autorisations d’absence pour se rendre aux examens médicaux obligatoires de la grossesse, sans perte de rémunération.
Non. Aucun texte n’impose à une salariée d’annoncer sa grossesse à une échéance donnée : c’est un choix personnel. Mais les protections spécifiques — aménagement du poste, éviction des expositions dangereuses, passage en poste de jour — ne peuvent s’appliquer que lorsque l’employeur ou le médecin du travail est informé. D’où l’intérêt d’une information précoce, en particulier sur les postes exposés.
Le Code du travail interdit d’affecter ou de maintenir une salariée enceinte ou allaitante à certains travaux (articles D. 4152 du Code du travail) : exposition à des agents chimiques classés toxiques pour la reproduction et à certains agents CMR comme le benzène, exposition à certains agents biologiques — rubéole et toxoplasmose pour les salariées non immunisées —, travaux en milieu hyperbare ou encore usage d’engins percutants du type marteau-piqueur. D’autres situations, sans être interdites, doivent être aménagées : port de charges, station debout prolongée, exposition à des produits chimiques dangereux.
| Exposition | Risque pour la grossesse ou l’enfant | Réponse attendue |
|---|---|---|
| Agents CMR et reprotoxiques (dont benzène) | Malformations, atteintes du développement, fausse couche | Éviction obligatoire : substitution ou changement d’affectation |
| Agents biologiques (rubéole, toxoplasmose) | Atteintes graves de l’embryon et du fœtus | Éviction des salariées non immunisées, hygiène renforcée |
| Port et manutention de charges | Sollicitation de l’abdomen et du dos, fatigue | Réduire ou supprimer, aides à la manutention |
| Station debout prolongée, piétinement | Fatigue, troubles circulatoires | Siège, alternance des positions, pauses supplémentaires |
| Vibrations et chocs (engins, véhicules) | Secousses transmises au corps entier | Écarter des postes fortement vibrants |
| Travail de nuit | Fatigue accrue, horaires incompatibles | Affectation de jour à la demande ou sur avis médical |
| Produits chimiques dangereux | Passage possible dans le sang et le lait maternel | Substitution, ventilation, éviction si nécessaire |
Ce repérage rejoint deux évaluations que votre document contient sans doute déjà : celle du risque chimique et celle des agents CMR. Il s’agit d’en tirer les conséquences pour les salariées enceintes ou allaitantes, poste par poste.
La réponse suit une gradation, toujours construite avec le médecin du travail, dont les préconisations s’imposent à l’employeur.
Un point de méthode : l’aménagement se raisonne à partir du travail réel, pas de la fiche de poste. Une caissière, une aide-soignante ou une préparatrice de commandes ne rencontrent pas les mêmes contraintes ; l’analyse par unité de travail permet de cibler juste.
Une salariée enceinte qui travaille de nuit (le travail de nuit est encadré, de manière générale, par les articles L. 3122 du Code du travail) peut demander à être affectée à un poste de jour pendant sa grossesse et pendant la période qui suit la naissance ; le médecin du travail peut aussi constater que le poste de nuit est incompatible avec son état. Ce passage de jour ne doit entraîner aucune baisse de rémunération. Si l’employeur ne peut pas proposer de poste de jour, le contrat est suspendu avec garantie de rémunération. Pour l’évaluation d’ensemble des horaires atypiques, consultez notre guide du travail de nuit dans le DUERP.
Lorsque ni l’aménagement ni le changement d’affectation ne permettent d’écarter l’exposition, le contrat de travail est suspendu jusqu’au début du congé de maternité — et, le cas échéant, après le retour de congé pour une salariée allaitante exposée. La salariée bénéficie alors d’une garantie de rémunération, composée d’une allocation journalière versée par l’Assurance Maladie et d’un complément à la charge de l’employeur. La suspension n’est ni un arrêt maladie ni un congé : c’est une mesure de protection, sans perte de droits.
Rappelons enfin qu’il est interdit d’employer une salariée pendant une période entourant l’accouchement : huit semaines au total, dont au moins six après la naissance, même si l’intéressée souhaitait travailler.
La protection ne s’arrête pas à l’accouchement. Une salariée qui allaite reste écartée des expositions interdites — notamment les agents toxiques pour la reproduction et le benzène — car certaines substances passent dans le lait maternel. Le Code du travail prévoit en outre qu’elle dispose d’une heure par jour pour allaiter pendant les heures de travail, durant un an à compter de la naissance, et les entreprises employant plus de cent salariées peuvent être mises en demeure d’installer un local dédié à l’allaitement. Le DUERP doit donc traiter l’allaitement comme une situation à part entière, et pas seulement la grossesse.
Le bon réflexe est l’anticipation : ne pas attendre une déclaration de grossesse pour se demander quels postes posent problème. Concrètement :
Le médecin du travail apprécie la compatibilité du poste avec l’état de grossesse, propose les aménagements et peut recevoir la salariée à sa demande, à tout moment. Le CSE est associé à l’évaluation des risques et informé des mesures prises. Ce travail collectif évite les décisions improvisées, sécurise juridiquement l’employeur et, surtout, protège efficacement la salariée et l’enfant à naître.
Formalisez ces situations dans un DUERP structuré. Dans le générateur Duerpio, l’étape « Unités de travail » propose un groupe « Situations & risques particuliers » : cochez la situation concernée — ici « Femmes enceintes ou allaitantes », comme vous le feriez pour un travailleur isolé, le travail de nuit ou une zone ATEX — pour intégrer à votre document ses risques pré-remplis : agents CMR, agents biologiques, port de charges, station debout, vibrations, horaires de nuit, avec leurs mesures de prévention. Générez votre DUERP, puis vérifiez votre conformité avec la checklist DUERP.
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La rédaction Duerpio
spécialistes de l’évaluation des risques professionnels
Publié le 8 juillet 2026 · Sources : Code du travail, INRS, service-public.fr
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