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Chaque année, la route reste la première cause d'accident mortel du travail en France : cumulés, les accidents de mission et de trajet tuent plus de salariés que n'importe quel autre risque professionnel (source Assurance Maladie – Risques professionnels et Sécurité routière). Pourtant, le risque routier professionnel reste souvent absent des documents de prévention. Voici comment l'évaluer, l'intégrer au DUERP et le réduire durablement.
« À retenir » : le risque routier recouvre deux réalités distinctes — l'accident de mission (au volant pendant le travail) et l'accident de trajet (domicile-travail). Le risque routier mission est un risque professionnel à évaluer dans le DUERP au titre de l'obligation générale de prévention (art. L. 4121-1 et R. 4121-1). Sa prévention s'organise autour de quatre leviers reconnus : organiser les déplacements, gérer le parc de véhicules, encadrer les communications et développer les compétences.
Oui. Selon l'Assurance Maladie – Risques professionnels et la Sécurité routière, le risque routier est la première cause de décès d'origine professionnelle en France. En additionnant les accidents de mission et de trajet, la route provoque plusieurs centaines de décès chaque année (ordre de grandeur ; les accidents de trajet en représentent la plus grande part). Aucun autre risque professionnel n'entraîne autant d'accidents mortels.
Ce constat surprend souvent, car on associe rarement la conduite à un « risque professionnel ». Pourtant, dès qu'un salarié prend le volant, enfourche un deux-roues ou emprunte la route pour se rendre au travail, il y est exposé. Le risque routier ne concerne donc pas que les conducteurs professionnels : commerciaux, techniciens, aides à domicile, livreurs et employés de bureau sont tous concernés, à des degrés divers.
La distinction est fondamentale, car elle détermine le régime juridique applicable et la marge de manœuvre de l'employeur. L'accident de mission survient pendant l'exécution du travail, lors d'un déplacement professionnel (visite client, chantier, livraison). L'accident de trajet survient, lui, sur le parcours normal entre le domicile — ou le lieu de restauration — et le lieu de travail.
| Critère | Accident de mission | Accident de trajet |
|---|---|---|
| Définition | Déplacement pour le compte de l'employeur, pendant le travail | Parcours domicile ↔ lieu de travail (ou lieu de repas) |
| Cadre juridique | Accident du travail (art. L. 411-1 du Code de la sécurité sociale) | Accident de trajet (art. L. 411-2 du Code de la sécurité sociale) |
| Maîtrise par l'employeur | Forte : organisation, véhicule, planning, délais | Limitée : itinéraire et moyen de transport choisis par le salarié |
| Intégration au DUERP | Oui, comme risque professionnel à part entière | Non obligatoire au sens strict, mais actions de prévention recommandées |
| Prévention | Les quatre leviers du risque routier mission | Plan de mobilité, sensibilisation, aménagement des horaires |
Pas exactement. L'accident de trajet bénéficie de la protection AT/MP (prise en charge des soins, indemnités journalières), mais il relève d'un régime distinct de l'accident du travail proprement dit, avec ses propres règles — notamment en matière de faute inexcusable et de tarification. Pour être reconnu, le trajet doit être « normal », sans interruption ni détour dicté par un motif personnel. Cette qualification relève de la législation de la Sécurité sociale, et non du Code du travail.
Pour la mission, oui, sans ambiguïté. Il n'existe ni réglementation spécifique ni « tableau » dédié au risque routier : celui-ci est couvert par l'obligation générale d'évaluation des risques. L'employeur doit transcrire dans le Document Unique le résultat de l'évaluation de tous les risques auxquels ses salariés sont exposés (art. R. 4121-1), y compris ceux liés aux déplacements professionnels. Omettre le risque routier, c'est laisser le DUERP incomplet.
Pour le trajet, l'employeur dispose d'une maîtrise limitée : il ne choisit ni l'itinéraire ni le mode de transport de ses salariés. Son inscription au DUERP n'est donc pas exigée au sens strict. Rien n'interdit cependant d'agir en prévention — plan de mobilité, sensibilisation, aménagement des horaires pour éviter les pics de circulation ou la fatigue — car un accident de trajet a des conséquences humaines et organisationnelles bien réelles.
Le risque routier ne se limite pas à la voiture. Les deux-roues motorisés sont surexposés au risque d'accident grave, et le recours croissant au vélo pour les trajets domicile-travail crée de nouvelles situations à prendre en compte. Un plan de mobilité peut prévoir des équipements (casque, éclairage, gilet de haute visibilité), des itinéraires plus sûrs et une sensibilisation adaptée. Ces actions, même facultatives pour le trajet, témoignent d'une démarche de prévention cohérente et responsable.
Comme tout risque, le risque routier s'évalue par unité de travail, à partir du travail réel et non du travail prescrit. Un commercial qui parcourt 40 000 km par an, un livreur en zone urbaine et un cadre qui se déplace ponctuellement ne présentent pas le même niveau d'exposition. La démarche suit quatre temps.
Cette évaluation gagne à associer les conducteurs eux-mêmes : ce sont eux qui connaissent les contraintes de tournée, les points noirs des itinéraires et les pressions de délai. Pour la méthode d'ensemble, consultez notre guide comment faire son DUERP.
L'INRS et la Sécurité routière structurent la prévention du risque routier mission autour de quatre leviers complémentaires. La règle est d'agir en priorité à la source — en réduisant le besoin de se déplacer — avant de miser sur le seul comportement du conducteur.
| Levier de prévention | Objectif | Exemples de mesures |
|---|---|---|
| Organiser les déplacements | Réduire l'exposition à la route | Supprimer les déplacements évitables (visioconférence), optimiser et regrouper les tournées, privilégier le train, planifier des marges et des temps de repos |
| Gérer le parc de véhicules | Rouler avec des véhicules sûrs et entretenus | Entretien régulier, contrôle des pneumatiques, équipements de sécurité (ABS, ESP, aides à la conduite), arrimage des charges transportées |
| Encadrer les communications | Supprimer les distractions au volant | Protocole de communication, interdiction du téléphone en conduisant, message d'absence automatique, plages de rappel à l'arrêt |
| Développer les compétences | Renforcer les savoir-faire et la vigilance | Formation à la conduite en sécurité, sensibilisation aux risques (fatigue, alcool, vitesse), retours d'expérience après incident |
Ces leviers se renforcent mutuellement : un véhicule bien entretenu ne compense pas des délais intenables, et une formation à l'éco-conduite ne sert à rien si l'organisation impose de répondre au téléphone en roulant. La prévention du risque routier est d'abord une question d'organisation du travail, avant d'être une question de comportement individuel.
Trois facteurs reviennent dans la majorité des accidents de la route au travail : la fatigue (amplitudes longues, conduite de nuit, manque de récupération), la vitesse (des délais serrés qui poussent à rouler trop vite) et les substances psychoactives (alcool, stupéfiants, certains médicaments). L'employeur agit sur les deux premiers en travaillant l'organisation : planning réaliste, marges de temps, limitation des tournées trop longues. Sur le troisième, la prévention passe par l'information, la sensibilisation et, si besoin, des dispositions inscrites au règlement intérieur. Le port de la ceinture de sécurité, enfin, reste le geste qui sauve le plus de vies et mérite un rappel systématique.
Oui, potentiellement. Tenir un téléphone en main en conduisant est interdit (art. R. 412-6-1 du Code de la route), tout comme le port à l'oreille d'un dispositif émettant du son (oreillette, kit main-libre). Or, si l'employeur exige de ses salariés qu'ils restent joignables en permanence ou traitent leurs messages pendant leurs déplacements, il crée les conditions d'une infraction et d'un accident. Sa responsabilité peut alors être recherchée au titre de son obligation de sécurité (art. L. 4121-1).
La bonne pratique consiste à formaliser un protocole de communication : aucun appel ni message traité en conduisant, activation d'un message d'absence, définition de plages de rappel une fois le véhicule arrêté en sécurité. Ce protocole protège autant le salarié que l'entreprise ; il a toute sa place dans le DUERP, le plan d'action et, le cas échéant, le règlement intérieur.
Un protocole clair, connu de l'encadrement, évite l'improvisation. Les étapes essentielles sont les suivantes.
Un accident bien analysé devient un levier de progrès ; un accident classé sans suite est une occasion manquée — et un point de faiblesse en cas de contentieux.
La route est un risque majeur pour tous les métiers itinérants. Sont particulièrement concernés le transport et la logistique, le transport de personnes, la maintenance et le dépannage, les services à la personne, les métiers du soin et de l'aide à domicile ou encore le commerce, avec ses livraisons et ses commerciaux itinérants. Dans ces activités, le kilométrage, la pression des délais et la fatigue se cumulent souvent avec d'autres risques comme les troubles musculosquelettiques liés à la conduite prolongée et à la manutention. Le DUERP de ces structures doit accorder une place centrale au risque routier.
Le plus efficace est de partir d'un DUERP structuré, prêt à recevoir un volet risque routier par unité de travail. Générez votre DUERP, vérifiez votre couverture avec la checklist de conformité et explorez les risques propres à votre activité depuis l'index des métiers.
Pour le cadre général de la démarche, consultez notre guide de l'évaluation des risques professionnels.
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