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Risque routier professionnel et DUERP (2026)

RisquesPublié le 4 juillet 2026· 9 min de lecture· Par La rédaction Duerpio, spécialistes de l'évaluation des risques professionnels

Chaque année, la route reste la première cause d'accident mortel du travail en France : cumulés, les accidents de mission et de trajet tuent plus de salariés que n'importe quel autre risque professionnel (source Assurance Maladie – Risques professionnels et Sécurité routière). Pourtant, le risque routier professionnel reste souvent absent des documents de prévention. Voici comment l'évaluer, l'intégrer au DUERP et le réduire durablement.

« À retenir » : le risque routier recouvre deux réalités distinctes — l'accident de mission (au volant pendant le travail) et l'accident de trajet (domicile-travail). Le risque routier mission est un risque professionnel à évaluer dans le DUERP au titre de l'obligation générale de prévention (art. L. 4121-1 et R. 4121-1). Sa prévention s'organise autour de quatre leviers reconnus : organiser les déplacements, gérer le parc de véhicules, encadrer les communications et développer les compétences.

Le risque routier est-il vraiment la première cause de décès au travail ?

Oui. Selon l'Assurance Maladie – Risques professionnels et la Sécurité routière, le risque routier est la première cause de décès d'origine professionnelle en France. En additionnant les accidents de mission et de trajet, la route provoque plusieurs centaines de décès chaque année (ordre de grandeur ; les accidents de trajet en représentent la plus grande part). Aucun autre risque professionnel n'entraîne autant d'accidents mortels.

Ce constat surprend souvent, car on associe rarement la conduite à un « risque professionnel ». Pourtant, dès qu'un salarié prend le volant, enfourche un deux-roues ou emprunte la route pour se rendre au travail, il y est exposé. Le risque routier ne concerne donc pas que les conducteurs professionnels : commerciaux, techniciens, aides à domicile, livreurs et employés de bureau sont tous concernés, à des degrés divers.

Quelle différence entre accident de trajet et accident de mission ?

La distinction est fondamentale, car elle détermine le régime juridique applicable et la marge de manœuvre de l'employeur. L'accident de mission survient pendant l'exécution du travail, lors d'un déplacement professionnel (visite client, chantier, livraison). L'accident de trajet survient, lui, sur le parcours normal entre le domicile — ou le lieu de restauration — et le lieu de travail.

CritèreAccident de missionAccident de trajet
DéfinitionDéplacement pour le compte de l'employeur, pendant le travailParcours domicile ↔ lieu de travail (ou lieu de repas)
Cadre juridiqueAccident du travail (art. L. 411-1 du Code de la sécurité sociale)Accident de trajet (art. L. 411-2 du Code de la sécurité sociale)
Maîtrise par l'employeurForte : organisation, véhicule, planning, délaisLimitée : itinéraire et moyen de transport choisis par le salarié
Intégration au DUERPOui, comme risque professionnel à part entièreNon obligatoire au sens strict, mais actions de prévention recommandées
PréventionLes quatre leviers du risque routier missionPlan de mobilité, sensibilisation, aménagement des horaires

L'accident de trajet est-il un accident du travail ?

Pas exactement. L'accident de trajet bénéficie de la protection AT/MP (prise en charge des soins, indemnités journalières), mais il relève d'un régime distinct de l'accident du travail proprement dit, avec ses propres règles — notamment en matière de faute inexcusable et de tarification. Pour être reconnu, le trajet doit être « normal », sans interruption ni détour dicté par un motif personnel. Cette qualification relève de la législation de la Sécurité sociale, et non du Code du travail.

Le risque routier doit-il figurer dans le DUERP ?

Pour la mission, oui, sans ambiguïté. Il n'existe ni réglementation spécifique ni « tableau » dédié au risque routier : celui-ci est couvert par l'obligation générale d'évaluation des risques. L'employeur doit transcrire dans le Document Unique le résultat de l'évaluation de tous les risques auxquels ses salariés sont exposés (art. R. 4121-1), y compris ceux liés aux déplacements professionnels. Omettre le risque routier, c'est laisser le DUERP incomplet.

Pour le trajet, l'employeur dispose d'une maîtrise limitée : il ne choisit ni l'itinéraire ni le mode de transport de ses salariés. Son inscription au DUERP n'est donc pas exigée au sens strict. Rien n'interdit cependant d'agir en prévention — plan de mobilité, sensibilisation, aménagement des horaires pour éviter les pics de circulation ou la fatigue — car un accident de trajet a des conséquences humaines et organisationnelles bien réelles.

Deux-roues et vélo : des trajets à ne pas négliger

Le risque routier ne se limite pas à la voiture. Les deux-roues motorisés sont surexposés au risque d'accident grave, et le recours croissant au vélo pour les trajets domicile-travail crée de nouvelles situations à prendre en compte. Un plan de mobilité peut prévoir des équipements (casque, éclairage, gilet de haute visibilité), des itinéraires plus sûrs et une sensibilisation adaptée. Ces actions, même facultatives pour le trajet, témoignent d'une démarche de prévention cohérente et responsable.

Comment évaluer le risque routier par unité de travail ?

Comme tout risque, le risque routier s'évalue par unité de travail, à partir du travail réel et non du travail prescrit. Un commercial qui parcourt 40 000 km par an, un livreur en zone urbaine et un cadre qui se déplace ponctuellement ne présentent pas le même niveau d'exposition. La démarche suit quatre temps.

  1. Recenser les déplacements : qui se déplace, pourquoi, avec quel véhicule, sur quelles distances et à quelle fréquence.
  2. Identifier les facteurs de risque : état et adéquation du véhicule, infrastructure et itinéraires, organisation (délais, amplitude, fatigue), communications au volant et comportements de conduite.
  3. Coter chaque situation en croisant la gravité potentielle et la probabilité d'exposition, afin de hiérarchiser les priorités.
  4. Définir un plan d'action avec, pour chaque mesure, un responsable et une échéance, puis l'inscrire au DUERP.

Cette évaluation gagne à associer les conducteurs eux-mêmes : ce sont eux qui connaissent les contraintes de tournée, les points noirs des itinéraires et les pressions de délai. Pour la méthode d'ensemble, consultez notre guide comment faire son DUERP.

Quelles mesures de prévention selon les quatre leviers ?

L'INRS et la Sécurité routière structurent la prévention du risque routier mission autour de quatre leviers complémentaires. La règle est d'agir en priorité à la source — en réduisant le besoin de se déplacer — avant de miser sur le seul comportement du conducteur.

Levier de préventionObjectifExemples de mesures
Organiser les déplacementsRéduire l'exposition à la routeSupprimer les déplacements évitables (visioconférence), optimiser et regrouper les tournées, privilégier le train, planifier des marges et des temps de repos
Gérer le parc de véhiculesRouler avec des véhicules sûrs et entretenusEntretien régulier, contrôle des pneumatiques, équipements de sécurité (ABS, ESP, aides à la conduite), arrimage des charges transportées
Encadrer les communicationsSupprimer les distractions au volantProtocole de communication, interdiction du téléphone en conduisant, message d'absence automatique, plages de rappel à l'arrêt
Développer les compétencesRenforcer les savoir-faire et la vigilanceFormation à la conduite en sécurité, sensibilisation aux risques (fatigue, alcool, vitesse), retours d'expérience après incident

Ces leviers se renforcent mutuellement : un véhicule bien entretenu ne compense pas des délais intenables, et une formation à l'éco-conduite ne sert à rien si l'organisation impose de répondre au téléphone en roulant. La prévention du risque routier est d'abord une question d'organisation du travail, avant d'être une question de comportement individuel.

Fatigue, alcool, vitesse : les facteurs à cibler en priorité

Trois facteurs reviennent dans la majorité des accidents de la route au travail : la fatigue (amplitudes longues, conduite de nuit, manque de récupération), la vitesse (des délais serrés qui poussent à rouler trop vite) et les substances psychoactives (alcool, stupéfiants, certains médicaments). L'employeur agit sur les deux premiers en travaillant l'organisation : planning réaliste, marges de temps, limitation des tournées trop longues. Sur le troisième, la prévention passe par l'information, la sensibilisation et, si besoin, des dispositions inscrites au règlement intérieur. Le port de la ceinture de sécurité, enfin, reste le geste qui sauve le plus de vies et mérite un rappel systématique.

Le téléphone au volant en mission engage-t-il la responsabilité de l'employeur ?

Oui, potentiellement. Tenir un téléphone en main en conduisant est interdit (art. R. 412-6-1 du Code de la route), tout comme le port à l'oreille d'un dispositif émettant du son (oreillette, kit main-libre). Or, si l'employeur exige de ses salariés qu'ils restent joignables en permanence ou traitent leurs messages pendant leurs déplacements, il crée les conditions d'une infraction et d'un accident. Sa responsabilité peut alors être recherchée au titre de son obligation de sécurité (art. L. 4121-1).

La bonne pratique consiste à formaliser un protocole de communication : aucun appel ni message traité en conduisant, activation d'un message d'absence, définition de plages de rappel une fois le véhicule arrêté en sécurité. Ce protocole protège autant le salarié que l'entreprise ; il a toute sa place dans le DUERP, le plan d'action et, le cas échéant, le règlement intérieur.

Que faire en cas d'accident de la route au travail ?

Un protocole clair, connu de l'encadrement, évite l'improvisation. Les étapes essentielles sont les suivantes.

  1. Secourir et alerter : protéger les lieux, porter secours et prévenir les secours (15 ou 112) ainsi que l'entreprise.
  2. Déclarer l'accident : une fois informé, l'employeur dispose de 48 heures pour déclarer l'accident du travail (mission) ou de trajet à la caisse primaire d'assurance maladie.
  3. Analyser les causes : conduire une analyse (arbre des causes) pour comprendre les facteurs techniques, organisationnels et humains, sans s'arrêter à « l'erreur du conducteur ».
  4. Mettre à jour le DUERP : intégrer les enseignements de l'accident et renforcer les mesures de prévention.
  5. Partager le retour d'expérience auprès des équipes concernées, pour éviter que la situation ne se reproduise.

Un accident bien analysé devient un levier de progrès ; un accident classé sans suite est une occasion manquée — et un point de faiblesse en cas de contentieux.

Quels secteurs sont les plus exposés au risque routier ?

La route est un risque majeur pour tous les métiers itinérants. Sont particulièrement concernés le transport et la logistique, le transport de personnes, la maintenance et le dépannage, les services à la personne, les métiers du soin et de l'aide à domicile ou encore le commerce, avec ses livraisons et ses commerciaux itinérants. Dans ces activités, le kilométrage, la pression des délais et la fatigue se cumulent souvent avec d'autres risques comme les troubles musculosquelettiques liés à la conduite prolongée et à la manutention. Le DUERP de ces structures doit accorder une place centrale au risque routier.

Par où commencer ?

Le plus efficace est de partir d'un DUERP structuré, prêt à recevoir un volet risque routier par unité de travail. Générez votre DUERP, vérifiez votre couverture avec la checklist de conformité et explorez les risques propres à votre activité depuis l'index des métiers.

Pour le cadre général de la démarche, consultez notre guide de l'évaluation des risques professionnels.

Sources

  • Assurance Maladie – Risques professionnels — Risque routier, première cause de décès au travail — ameli.fr
  • INRS — Risque routier professionnel (mission et trajet) — inrs.fr
  • Sécurité routière — Risque routier professionnel — securite-routiere.gouv.fr
  • Code du travail, art. L. 4121-1, L. 4121-2 et R. 4121-1 — code.travail.gouv.fr

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Questions fréquentes

Le risque routier est-il la première cause de décès au travail ?
Oui. Selon l'Assurance Maladie – Risques professionnels et la Sécurité routière, le risque routier est la première cause de décès d'origine professionnelle en France. En cumulant les accidents de mission et de trajet, la route provoque plusieurs centaines de décès chaque année, davantage que tout autre risque professionnel.
Quelle différence entre accident de trajet et accident de mission ?
L'accident de mission survient pendant le travail, lors d'un déplacement professionnel : c'est un accident du travail (art. L. 411-1 du Code de la sécurité sociale). L'accident de trajet survient sur le parcours normal domicile-travail et relève d'un régime distinct (art. L. 411-2). L'employeur maîtrise davantage le risque mission, qui doit figurer au DUERP.
Comment évaluer le risque routier dans le DUERP ?
On procède par unité de travail, à partir du travail réel : recenser les déplacements, identifier les facteurs de risque (véhicule, itinéraires, organisation, communications, comportement), coter chaque situation selon la gravité et la probabilité, puis inscrire un plan d'action avec responsable et échéance. Le risque routier mission relève de l'obligation générale d'évaluation (art. R. 4121-1).
Quelles sont les mesures de prévention du risque routier ?
La prévention s'organise autour de quatre leviers reconnus : organiser les déplacements (les réduire, les planifier), gérer le parc de véhicules (entretien, équipements de sécurité), encadrer les communications (protocole, pas de téléphone au volant) et développer les compétences (formation, sensibilisation). On agit en priorité à la source, sur l'organisation du travail.
Le téléphone au volant en mission engage-t-il l'employeur ?
Oui, potentiellement. Tenir un téléphone en main ou porter une oreillette en conduisant est interdit par le Code de la route. Si l'employeur exige que ses salariés restent joignables en roulant, il peut voir sa responsabilité engagée au titre de son obligation de sécurité. La bonne pratique est un protocole de communication interdisant tout échange au volant.
L'accident de trajet doit-il figurer dans le DUERP ?
Non, pas au sens strict : l'employeur maîtrise peu l'itinéraire et le mode de transport choisis par le salarié pour se rendre au travail. Le DUERP doit en revanche traiter le risque routier de mission. Rien n'empêche toutefois d'agir aussi sur le trajet via un plan de mobilité, une sensibilisation ou l'aménagement des horaires.

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