Blog · Situations particulières
Gaz, vapeurs, poussières combustibles : le risque d'explosion concerne bien plus d'entreprises qu'on ne le croit. Zonage ATEX, DRPCE, matériel certifié et intégration au DUERP.
Un silo de céréales, une cabine de peinture, un local de charge de chariots élévateurs, un atelier de menuiserie : autant de lieux où peut se former une atmosphère explosive (ATEX). Loin d'être réservé à la pétrochimie, le risque d'explosion concerne des milliers d'entreprises françaises, souvent sans qu'elles en aient pleinement conscience. La réglementation impose de l'évaluer, de classer les emplacements dangereux en zones ATEX et de formaliser un document dédié, le DRPCE, en articulation directe avec le DUERP.
Une atmosphère explosive est un mélange avec l'air de substances inflammables — gaz, vapeurs, brouillards ou poussières — dans des proportions telles qu'une source d'inflammation suffit à propager la combustion à l'ensemble du mélange. L'explosion est quasi instantanée : onde de pression, flammes, projections, effondrements. Les conséquences humaines et matérielles sont parmi les plus graves de tous les risques professionnels.
Pour qu'une explosion survienne, six conditions doivent être réunies simultanément — c'est ce qu'on appelle l'hexagone de l'explosion :
Toute la prévention consiste à faire sauter au moins un maillon de cette chaîne : empêcher la formation du mélange explosif, supprimer les sources d'inflammation, ou limiter les effets d'une explosion qui surviendrait malgré tout.
Beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Les gaz et vapeurs inflammables concernent les activités utilisant des solvants (peinture, vernissage, dégraissage, imprimerie), les stations-service, les chaufferies au gaz, les unités de méthanisation et le traitement des eaux (biogaz), ou encore les locaux de charge de batteries, où l'électrolyse dégage de l'hydrogène. Ces situations rejoignent souvent l'évaluation du risque chimique dans le DUERP.
Les poussières combustibles sont le grand angle mort : farine des meuneries et boulangeries industrielles, sucre, céréales des silos, poussières de bois des menuiseries, poudres pharmaceutiques et cosmétiques, poussières métalliques (aluminium, magnésium) des ateliers de ponçage ou de métallisation. Une couche de poussière de quelques millimètres, mise en suspension par un courant d'air ou un premier souffle, suffit à alimenter une explosion secondaire dévastatrice.
Le cadre repose sur deux directives européennes complémentaires, couramment appelées « directives ATEX » :
Concrètement, l'employeur doit évaluer les risques d'explosion, empêcher la formation d'atmosphères explosives ou, à défaut, éviter leur inflammation et atténuer les effets d'une explosion, classer en zones les emplacements dangereux, signaler leurs accès, utiliser du matériel adapté, former le personnel concerné et consigner l'ensemble dans le DRPCE. Cette démarche suit la même logique que l'évaluation générale des risques professionnels : identifier, évaluer, prévenir, tracer.
Le zonage consiste à classer chaque emplacement où une atmosphère explosive peut se former, selon la fréquence et la durée de sa présence. Les gaz et vapeurs relèvent des zones 0, 1 et 2 ; les poussières des zones 20, 21 et 22.
| Zone | Nature du combustible | Présence de l'atmosphère explosive | Exemple type |
|---|---|---|---|
| Zone 0 | Gaz / vapeurs | Permanente ou de longue durée | Intérieur d'une cuve de solvant |
| Zone 1 | Gaz / vapeurs | Occasionnelle en fonctionnement normal | Abords d'un poste de dépotage |
| Zone 2 | Gaz / vapeurs | Accidentelle et de courte durée | Voisinage d'une bride susceptible de fuir |
| Zone 20 | Poussières | Permanente ou fréquente | Intérieur d'un silo ou d'un filtre |
| Zone 21 | Poussières | Occasionnelle en fonctionnement normal | Poste d'ensachage de farine |
| Zone 22 | Poussières | Accidentelle et de courte durée | Local où la poussière s'accumule en couche |
Les accès aux zones sont signalés par le panneau triangulaire « EX ». Le zonage est réalisé sous la responsabilité de l'employeur, généralement avec l'appui d'un bureau d'études, du service de prévention et de santé au travail ou de son assureur, en s'appuyant sur les guides méthodologiques de l'INRS. Il se raisonne emplacement par emplacement, en cohérence avec le découpage en unités de travail du DUERP.
Le document relatif à la protection contre les explosions (DRPCE) est obligatoire dès lors que des atmosphères explosives peuvent se former dans l'établissement. Il formalise l'ensemble de la démarche :
Le DRPCE n'est pas un document isolé : il complète le Document Unique, auquel il est en pratique annexé, et doit être tenu à jour comme lui — révision lors de toute modification des lieux, des procédés ou des produits, selon la même logique que la mise à jour du DUERP. Un DRPCE rédigé une fois puis oublié dans une armoire ne protège personne et n'a aucune valeur en cas de contrôle ou d'accident.
Dans une zone ATEX, tout équipement — électrique ou mécanique — doit être conçu pour ne pas devenir une source d'inflammation. Le matériel certifié au titre de la directive 2014/34/UE porte un marquage spécifique : marquage CE, symbole « Ex » dans un hexagone, groupe et catégorie d'appareil, indications sur le type d'atmosphère (G pour gaz, D pour poussières).
La règle d'adéquation est simple : plus la zone est dangereuse, plus la catégorie exigée est élevée. Les appareils de catégorie 1 peuvent être utilisés en zones 0 et 20, ceux de catégorie 2 en zones 1 et 21, ceux de catégorie 3 en zones 2 et 22. Installer un aspirateur domestique dans un atelier empoussiéré ou un téléphone non certifié dans une zone gaz revient à introduire une allumette dans un baril de poudre.
Le matériel ATEX doit ensuite être maintenu et vérifié : un presse-étoupe desserré, un capot fissuré ou une réparation improvisée suffisent à ruiner le mode de protection. La maintenance en zone doit être encadrée (consignation, permis de travail) et confiée à du personnel formé.
Lorsque la formation d'une atmosphère explosive ne peut pas être totalement évitée — par substitution du produit, ventilation, captage à la source ou détection de gaz —, il faut neutraliser les sources d'inflammation. La norme EN 1127-1 en recense treize familles, parmi lesquelles :
S'y ajoutent des mesures organisationnelles : interdiction de fumer, outils anti-étincelles, nettoyage régulier des dépôts de poussières (par aspiration, jamais par soufflage), et encadrement strict des interventions d'entreprises extérieures via le plan de prévention. Enfin, des mesures de protection dites « d'atténuation » limitent les effets d'une explosion : évents de décharge, systèmes de découpage ou de suppression d'explosion, conception résistante des équipements.
Le risque d'explosion s'évalue comme les autres risques, unité de travail par unité de travail, mais avec une particularité : sa gravité est presque toujours maximale (décès multiples possibles, destruction des installations). Lors de la cotation, c'est donc la probabilité d'occurrence que les mesures de prévention viennent réduire — la gravité intrinsèque, elle, ne baisse pas.
Concrètement, le DUERP mentionne les unités de travail exposées, renvoie au DRPCE et au plan de zonage, et liste les mesures retenues : substitution, ventilation, matériel certifié, permis de feu, formation du personnel appelé à travailler en zone. Attention aux situations combinées : une intervention en espace confiné (cuve, silo, fosse) cumule risque d'explosion, risque d'anoxie et difficulté de secours, et exige des précautions renforcées. De même, l'exposition simultanée aux agents chimiques dangereux doit être traitée de front.
La formation est un pilier : toute personne travaillant en zone ATEX doit être formée au risque d'explosion, aux consignes propres au site et au comportement à adopter. Cette exigence vaut aussi pour les intérimaires et les nouveaux embauchés.
Commencez par recenser vos produits inflammables et vos poussières combustibles, puis évaluez le risque emplacement par emplacement. Dans le générateur Duerpio, l'étape « Unités de travail » propose un groupe « Situations & risques particuliers » : cochez la situation concernée (ATEX, espaces confinés, travailleur isolé, travail de nuit…) pour intégrer automatiquement ses risques pré-remplis à votre Document Unique. Générez votre DUERP en quelques minutes, puis vérifiez qu'aucune obligation ne vous échappe avec la checklist de conformité.
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La rédaction Duerpio
spécialistes de l'évaluation des risques professionnels
Publié le 8 juillet 2026 · Sources : Code du travail, INRS, service-public.fr
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