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Blog · Situations particulières

Télétravail et DUERP : faut-il évaluer les risques du domicile ? (2026)

Situations particulièresPublié le 8 juillet 2026· 8 min de lecture

Écran, TMS, isolement, hyperconnexion : le télétravail expose à des risques bien réels que le DUERP doit évaluer. Obligations de l'employeur et mesures concrètes.

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L'essentiel

Le télétravailleur a les mêmes droits que le salarié qui travaille dans les locaux. L'obligation générale de prévention (art. L. 4121-1 du Code du travail) s'applique au télétravail : ses risques doivent être évalués et transcrits dans le DUERP (art. R. 4121-1). Et l'accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l'exercice de l'activité professionnelle est présumé être un accident du travail (art. L. 1222-9).

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Sommaire

  1. 1.Le télétravail doit-il figurer dans le DUERP ?
  2. 2.L'employeur doit-il évaluer les risques du domicile du salarié ?
  3. 3.Quels sont les risques physiques du télétravail ?
  4. 4.Quels risques psychosociaux faut-il évaluer en télétravail ?
  5. 5.Un accident en télétravail est-il un accident du travail ?
  6. 6.Quelles mesures de prévention inscrire au DUERP ?
  7. 7.Faut-il un accord ou une charte pour encadrer le télétravail ?
  8. 8.Comment intégrer concrètement le télétravail dans le DUERP ?
  9. 9.Par où commencer ?

Un ou deux jours par semaine, parfois davantage : le télétravail s'est durablement installé dans l'organisation des entreprises françaises. Mais l'obligation de sécurité de l'employeur ne s'arrête pas à la porte des locaux : travailler depuis la table de la cuisine expose à des risques bien réels — écran, troubles musculosquelettiques, isolement, hyperconnexion — que le DUERP doit évaluer comme les autres. Voici comment s'y prendre, sans violer le domicile du salarié ni tomber dans la paperasse inutile.

Le télétravail doit-il figurer dans le DUERP ?

Oui. L'article L. 4121-1 impose à l'employeur de protéger la santé physique et mentale de tous ses salariés, sans distinction de lieu de travail. Le DUERP doit transcrire l'évaluation des risques pour chaque unité de travail, et le télétravail constitue précisément une situation d'exposition spécifique : poste non contrôlé par l'employeur, travail sur écran prolongé, distance avec le collectif. L'accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020 sur le télétravail le rappelle expressément : l'évaluation des risques professionnels doit intégrer ceux liés au télétravail.

En pratique, deux approches fonctionnent : créer une unité de travail dédiée « télétravailleurs » lorsque des salariés télétravaillent régulièrement, ou traiter le télétravail comme une situation transversale qui s'ajoute aux risques des unités existantes. L'essentiel est que le sujet apparaisse noir sur blanc, avec des mesures de prévention associées.

L'employeur doit-il évaluer les risques du domicile du salarié ?

C'est toute la subtilité du télétravail : l'employeur doit évaluer les risques d'un lieu de travail… dans lequel il ne peut pas entrer librement. Le domicile est protégé : aucune visite ne peut être imposée sans l'accord du salarié. L'évaluation se fait donc à distance et avec la participation de l'intéressé :

  • questionnaire d'auto-évaluation du poste à domicile : assise, écran, éclairage, installation électrique, environnement sonore ;
  • guide d'aménagement remis à chaque télétravailleur, avec les réglages essentiels (hauteur d'écran, distance œil-écran, appuis) ;
  • entretien dédié avec le manager ou le référent prévention pour repérer les difficultés, matérielles comme organisationnelles ;
  • déclaration ou attestation du salarié sur la conformité de son installation électrique, souvent prévue par l'accord ou la charte de télétravail.

Cette co-construction n'affaiblit pas l'obligation de l'employeur : elle en est la modalité d'exécution. Un salarié qui signale un poste inadapté doit obtenir une réponse — équipement, aménagement ou retour partiel sur site.

Quels sont les risques physiques du télétravail ?

Le premier d'entre eux est le travail sur écran dans un poste improvisé : table de cuisine trop haute, chaise sans réglage, ordinateur portable posé à plat. Résultat : fatigue visuelle, cervicalgies, lombalgies et troubles musculosquelettiques qui s'installent d'autant plus vite que les journées à domicile comportent moins de déplacements et de pauses naturelles. S'y ajoutent :

  • la sédentarité et les postures statiques prolongées, sans les trajets ni les micro-déplacements du bureau ;
  • un éclairage inadapté (contre-jour, reflets, pièce sombre) qui accentue la fatigue visuelle ;
  • le risque électrique d'une installation domestique vieillissante ou de multiprises surchargées, qui emporte avec lui un risque d'incendie ;
  • des ambiances thermiques parfois inadaptées, logement mal isolé l'hiver ou surchauffé l'été.

Quels risques psychosociaux faut-il évaluer en télétravail ?

Les risques psychosociaux sont l'autre grand volet, souvent le plus sous-estimé. L'isolement social et professionnel érode le sentiment d'appartenance, prive du soutien informel des collègues et peut masquer des situations de souffrance — un phénomène distinct du travail isolé au sens de la sécurité, mais tout aussi réel. L'hyperconnexion brouille les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle : messages tardifs, réunions qui débordent, sentiment de devoir être joignable en permanence. Enfin, la charge de travail devient moins visible à distance : sans régulation, certains salariés compensent par des journées à rallonge, jusqu'à l'épuisement.

Ces risques s'évaluent comme les autres : écoute des salariés, indicateurs (connexions tardives, arrêts, turnover), entretiens sur la charge de travail. Ils appellent des mesures d'organisation et de management, pas seulement des équipements. Attention enfin aux inégalités entre télétravailleurs : un cadre installé dans un bureau dédié et un jeune salarié qui travaille depuis un studio partagé ne vivent pas la même situation — l'évaluation doit en tenir compte plutôt que de raisonner sur un télétravailleur « moyen ».

Un accident en télétravail est-il un accident du travail ?

Oui, par présomption. L'article L. 1222-9 du Code du travail prévoit que l'accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail, pendant l'exercice de l'activité professionnelle du télétravailleur, est présumé être un accident du travail. Une chute dans l'escalier en allant chercher un dossier pendant les heures de travail relève donc a priori du régime des accidents du travail, avec les mêmes démarches : information de l'employeur, déclaration à la caisse d'assurance maladie dans les délais légaux.

La présomption peut toutefois être discutée lorsque l'accident survient hors des horaires convenus ou dans un contexte manifestement étranger au travail. D'où l'intérêt, pour tout le monde, de plages horaires de télétravail clairement définies — et d'une organisation des secours pensée à l'avance : être joignable, savoir qui alerter, ne pas rester des heures sans contact en cas de malaise.

Quelles mesures de prévention inscrire au DUERP ?

Pour chaque risque identifié, le DUERP associe des mesures concrètes, cotées et priorisées. Le tableau suivant donne une base de travail.

RisqueExemples de mesures de prévention
Écran et TMSFournir écran, clavier, souris et siège adaptés ; guide de réglage du poste ; sensibilisation aux postures et aux pauses visuelles
SédentaritéEncourager pauses actives et marche quotidienne ; alterner les tâches ; réunions téléphoniques en mobilité quand c'est possible
IsolementPoints d'équipe réguliers, jours de présence communs sur site, binômes, vigilance managériale sur les signaux faibles
HyperconnexionDroit à la déconnexion effectif, plages de joignabilité définies, exemplarité de l'encadrement, paramétrage des outils (envois différés)
Surcharge de travailEntretien annuel sur les conditions d'activité et la charge de travail (art. L. 1222-10), régulation des objectifs, canal d'alerte
Accident et urgencePlages horaires connues, moyens de contact, procédure d'alerte et conduite à tenir communiquées à chaque télétravailleur

Les mesures matérielles (équipement du poste) traitent le risque à la source ; les mesures organisationnelles (charge, déconnexion, lien au collectif) sont celles qui font la différence dans la durée.

Faut-il un accord ou une charte pour encadrer le télétravail ?

Le télétravail est mis en place par accord collectif ou, à défaut, par une charte élaborée par l'employeur après avis du CSE ; en l'absence de l'un et de l'autre, un simple accord entre le salarié et l'employeur, formalisé par tout moyen, suffit (art. L. 1222-9). L'accord ou la charte précise notamment les conditions de passage en télétravail et de retour, les modalités de contrôle du temps de travail et de régulation de la charge, ainsi que les plages horaires durant lesquelles le salarié peut être contacté. À noter : le refus d'un salarié d'accepter un poste en télétravail n'est pas un motif de rupture du contrat.

Le droit à la déconnexion complète le dispositif : ses modalités relèvent de la négociation obligatoire dans les entreprises qui y sont soumises (art. L. 2242-17) ou, à défaut d'accord, d'une charte. C'est l'un des leviers les plus efficaces contre l'hyperconnexion — à condition d'être appliqué, y compris par l'encadrement.

Comment intégrer concrètement le télétravail dans le DUERP ?

La démarche tient en cinq étapes :

  1. Recenser qui télétravaille, à quel rythme et dans quelles conditions matérielles ;
  2. Identifier les risques (physiques et psychosociaux) à partir des auto-évaluations et des entretiens ;
  3. Coter chaque risque selon la gravité et la fréquence d'exposition ;
  4. Définir des mesures avec un responsable et une échéance, et les inscrire au plan d'actions ;
  5. Suivre et mettre à jour : le DUERP est actualisé au moins chaque année dans les entreprises d'au moins 11 salariés et lors de toute évolution notable — passage au télétravail régulier, nouvel accord, réorganisation (voir notre article sur la mise à jour du DUERP).

Associez les télétravailleurs eux-mêmes : personne ne connaît mieux qu'eux les contraintes réelles de leur poste à domicile. Le CSE, lorsqu'il existe, est consulté sur le DUERP et sur la mise en place du télétravail.

Par où commencer ?

Ne partez pas d'une page blanche. Générez votre DUERP avec Duerpio : à l'étape « Unités de travail », le groupe « Situations & risques particuliers » permet de cocher la situation « Télétravail et travail nomade » pour intégrer automatiquement au document les risques pré-remplis correspondants — travail sur écran et TMS au domicile, isolement, hyperconnexion, risque électrique de l'installation domestique, accident à domicile… Évaluez ensuite votre niveau de conformité avec le calculateur DUERP.

Sources

  • Code du travail, art. L. 1222-9 à L. 1222-11 (télétravail), L. 2242-17 (droit à la déconnexion) et L. 4121-1 — code.travail.gouv.fr
  • INRS — Télétravail : quels risques, quelles pistes de prévention — inrs.fr
  • Assurance Maladie — Accident du travail : démarches et déclaration — ameli.fr
  • Service-public.fr — Télétravail dans le secteur privé — service-public.fr

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Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Le télétravail doit-il être intégré au DUERP ?
Oui. L'obligation générale de prévention de l'article L. 4121-1 s'applique à tous les salariés, quel que soit leur lieu de travail. Les risques du télétravail — écran et TMS, sédentarité, isolement, hyperconnexion — doivent donc être évalués et transcrits dans le Document Unique, soit dans une unité de travail dédiée, soit comme situation transversale.
L'employeur peut-il inspecter le domicile du salarié ?
Non, pas sans son accord : le domicile est protégé. L'évaluation des risques se fait donc à distance et avec la participation du salarié, via un questionnaire d'auto-évaluation du poste, un guide d'aménagement, un entretien dédié et, souvent, une attestation sur la conformité de l'installation électrique.
Un accident pendant le télétravail est-il un accident du travail ?
Oui, par présomption. L'article L. 1222-9 du Code du travail prévoit que l'accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l'exercice de l'activité professionnelle est présumé être un accident du travail. La présomption peut être discutée hors des horaires convenus, d'où l'intérêt de plages de télétravail clairement définies.
Quels sont les principaux risques du télétravail ?
Côté physique : travail sur écran dans un poste improvisé, TMS, sédentarité, éclairage inadapté et risque électrique domestique. Côté psychosocial : isolement, hyperconnexion et brouillage des temps de vie, charge de travail moins visible pouvant mener à la surcharge. Les deux volets doivent figurer au DUERP avec des mesures dédiées.
L'employeur doit-il équiper le poste de télétravail ?
L'accord national interprofessionnel du 26 novembre 2020 pose le principe d'une prise en charge par l'employeur des équipements nécessaires au télétravail ; l'accord collectif ou la charte en fixe les modalités concrètes. Fournir écran, siège et périphériques adaptés est aussi la première mesure de prévention des TMS à domicile.
Un salarié peut-il refuser le télétravail ?
Oui. L'article L. 1222-9 précise que le refus d'accepter un poste de télétravailleur n'est pas un motif de rupture du contrat de travail. Inversement, sauf circonstances exceptionnelles, l'employeur qui refuse le télétravail à un salarié éligible au sens de l'accord ou de la charte doit motiver sa réponse.

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La rédaction Duerpio

spécialistes de l'évaluation des risques professionnels

Publié le 8 juillet 2026 · Sources : Code du travail, INRS, service-public.fr

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